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LUNEVILLE. _ Le Centre européen de recherches
et de formation aux arts verriers implanté
dans le pays toulois a ceci d'unique en son genre qu'il forme en deux ans à la fois à la technique et à la création.
La tête de Stanislas soufflée par Gonzague Moulinas.
Les élèves sont
jaugés et, le cas échéant, réorientés tous les trois mois, avant
une évaluation finale au cours de laquelle ils défendent leurs œuvres devant un jury qualifié. Celui-ci comprend des formateurs de haut niveau mais aussi des personnalités extérieures, comme cette année Bettina Tschumi, directrice du département verre
au musée d'art contemporain de Lausanne.
Jusqu'en 2005, cette dernière étape cruciale, puisqu'elle débouche sur le diplôme et la vie active, avait lieu au Cerfav à Vannes-le-Châtel. Il
était cependant dommage que le public
extérieur ne puisse pas découvrir les chefs-d'œuvre en devenir de jeunes créateurs certes
perfectibles mais déjà inventifs. C'est pourquoi la manifestation s'est décentralisée en 2006 à l'Hôtel de Région à Metz et cette année au
château de Lunéville. Pas par hasard : il y a deux ans, en juin, Yves Ravailler,
directeur de l'association « Lunéville château des
Lumières », a sollicité Denis Garcia, le directeur du Cerfav,
pour lui demander des pièces en verre
pouvant être vendues au château au bénéfice de sa reconstruction.
Cylindre de cristal
Ce dernier lui a fait une contre-proposition épatante
: « Demandons plutôt à la nouvelle promotion qui entre en septembre de
se saisir de cette opportunité
». Les 10 apprentis verriers se sont ainsi
rendus au château et certains ont travaillé sur des thématiques le
concernant. C'est le cas de Gonzague
Moulinas qui a soufflé 13 têtes de
Stanislas en verre qu'il a installées
sur des petits tas de charbon dans la cour du château, « têtes
brûlées » -c'est leur nom - qui symbolisent les 13 feux qui
se sont produits
dans celui-ci depuis sa construction. Elles seront vendues aux donateurs qui soutiennent sa restauration.

Philippe Garenc a obtenu les félicitations du jury pour sa "précieuse éclairée et pour son "oeuvre funéraire"
Philippe Garenc, lui, a
peint à la grisaille une « précieuse éclairée » qui se
découpe en perspective entre deux portes dans le vestibule
extérieur
et lui donne vie d'élégante façon. Le même, qui
présente également une « oeuvre funéraire » en verre
troublante et raffinée (masque,
temple, tombe et tour à roues d'inspiration mérovingienne),
est le seul cette année à recevoir les félicitations
du jury.
D'autres œuvres
retiennent l'attention, dont celles d'Hélène Triboulet, petit
bout de femme qui se coltine à la matière
et aux formats monumentaux, par exemple dans sa colonne
de cylindres de cristal de toutes les
couleurs, haute de 2,4
m et judicieusement disposée de l'autre côté
du même vestibule.
Cœurs bougeoirs
Elle donne à voir aussi
dans une des écuries du château un déconcertant buste en « verre soluble », se dissolvant comme du caramel sous l'effet des gouttes qui, lorsqu'on s'en approche, tombent d'un alambic de cuivre fixé au plafond : « Nous avons
réalisé beaucoup d'essais
pour mettre au point ce verre très chargé en soude, mais dépourvu de
stabilisant, qui fond complètement en
quelques décennies pour exprimer le caractère éphémère de l'humain ».
En revanche, elle
a mis dans la
tête des perles non so-lubles, symbolisant
les émotions et l'âme, qui, elles, perdureront.
Hélène a obtenu les
encouragements du jury, tout comme Nicolas
Rossignol, autre
jeune talent qui a soufflé des cœurs rouges
bougeoirs (forme et couleur difficiles à obtenir) et une œuvre conceptuelle sophistiquée et indescriptible sur le temps qui passe et sur la clé qui résout nos problèmes, mais qu'il
faut trouver à l'intérieur
de nous. Toutes les œuvres
présentées sont originales et de qualité, ce qui explique que
les 10 apprentis ont décroché leur diplôme
de compagnon.
Deux coups de cœur toutefois
avant de conclure : l'un pour l'installation très épurée de Sophie Durand
de Gevigney, qui fait tenir des « funambules » de verre sur des traits de laser rubis, l'autre pour le flacon à parfum en pâte de verre jaune orangé d'Amandine Le Marée, dans lequel elle a réussi l'exploit d'insérer une fleur de silice ;
flacon qui sera vendu bientôt au château.
Gérard CHARUT
• Exposition « Mi lune mi ville », parcours de créations
originales en verre, jusqu'au 9 septembre tous les jours de 10 h à 12 h et de 14
h à 18 h (sauf mardi), au château de Lunéville.
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