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On en parle...
Quand le château se pare de verre...
mardi 14 août 2007

LUNEVILLE. _ Le Centre européen de recherches et de formation aux arts ver­riers implanté dans le pays toulois a ceci d'unique en son genre qu'il forme en deux ans à la fois à la tech­nique et à la création.



La tête de Stanislas soufflée par Gonzague Moulinas.

Les élèves sont jaugés et, le cas échéant, réorientés tous les trois mois, avant une évaluation finale au cours de laquelle ils défendent leurs œuvres devant un jury qualifié. Celui-ci comprend des formateurs de haut niveau mais aussi des personnalités extérieures, comme cette année Bettina Tschumi, directrice du dé­partement verre au musée d'art contemporain de Lau­sanne.

Jusqu'en 2005, cette der­nière étape cruciale, puis­qu'elle débouche sur le di­plôme et la vie active, avait lieu au Cerfav à Vannes-le-Châtel. Il était cependant dommage que le public extérieur ne puisse pas dé­couvrir les chefs-d'œuvre en devenir de jeunes créa­teurs certes perfectibles mais déjà inventifs. C'est pourquoi la manifestation s'est décentralisée en 2006 à l'Hôtel de Région à Metz et cette année au château de Lunéville. Pas par hasard : il y a deux ans, en juin, Yves Ravailler, directeur de l'as­sociation « Lunéville châ­teau des Lumières », a solli­cité Denis Garcia, le directeur du Cerfav, pour lui demander des pièces en verre pouvant être vendues au château au bénéfice de sa reconstruction.

Cylindre de cristal

Ce dernier lui a fait une contre-proposition épa­tante : « Demandons plutôt à la nouvelle promotion qui entre en septembre de se saisir de cette opportu­nité ». Les 10 apprentis ver­riers se sont ainsi rendus au château et certains ont tra­vaillé sur des thématiques le concernant. C'est le cas de Gonzague Moulinas qui a soufflé 13 têtes de Stanis­las en verre qu'il a ins­tallées sur des petits tas de charbon dans la cour du château, « têtes brûlées » -c'est leur nom - qui symbo­lisent les 13 feux qui se sont produits dans celui-ci de­puis sa construction. Elles seront vendues aux dona­teurs qui soutiennent sa restauration.

Philippe Garenc a obtenu les félicitations du jury pour sa "précieuse éclairée et pour son "oeuvre funéraire"

Philippe Garenc, lui, a peint à la grisaille une « précieuse éclairée » qui se découpe en perspective entre deux portes dans le vestibule extérieur et lui donne vie d'élégante façon. Le même, qui présente également une « oeuvre funéraire » en verre troublante et raffinée (masque, temple, tombe et tour à roues d'inspiration mérovingienne), est le seul cette année à recevoir les félicitations du jury.

D'autres œuvres retiennent l'attention, dont celles d'Hélène Triboulet, petit bout de femme qui se col­tine à la matière et aux for­mats monumentaux, par exemple dans sa colonne de cylindres de cristal de toutes les couleurs, haute de 2,4 m et judicieusement dis­posée de l'autre côté du même vestibule.

Cœurs bougeoirs

Elle donne à voir aussi dans une des écuries du château un déconcertant buste en « verre soluble », se dissol­vant comme du caramel sous l'effet des gouttes qui, lorsqu'on s'en approche, tombent d'un alambic de cuivre fixé au plafond : « Nous avons réalisé beau­coup d'essais pour mettre au point ce verre très chargé en soude, mais dé­pourvu de stabilisant, qui fond complètement en quelques décennies pour exprimer le caractère éphémère de l'humain ».

En revanche, elle a mis dans la tête des perles non so-lubles, symbolisant les émo­tions et l'âme, qui, elles, perdureront.

Hélène a obtenu les encou­ragements du jury, tout comme Nicolas Rossignol, autre jeune talent qui a soufflé des cœurs rouges bougeoirs (forme et couleur difficiles à obtenir) et une œuvre conceptuelle sophis­tiquée et indescriptible sur le temps qui passe et sur la clé qui résout nos pro­blèmes, mais qu'il faut trouver à l'intérieur de nous. Toutes les œuvres pré­sentées sont originales et de qualité, ce qui explique que les 10 apprentis ont décro­ché leur diplôme de compa­gnon.

Deux coups de cœur toute­fois avant de conclure : l'un pour l'installation très épurée de Sophie Durand de Gevigney, qui fait tenir des « funambules » de verre sur des traits de laser rubis, l'autre pour le flacon à par­fum en pâte de verre jaune orangé d'Amandine Le Ma­rée, dans lequel elle a réussi l'exploit d'insérer une fleur de silice ; flacon qui sera vendu bientôt au château.

Gérard CHARUT

• Exposition « Mi lune mi ville », parcours de créa­tions originales en verre, jusqu'au 9 septembre tous les jours de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h (sauf mardi), au château de Lunéville.

 

 

 

 


 


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29 août 2008 à 6h29

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